Penser par et pour soi-même à l’ère des réseaux sociaux

A une époque où nous sommes tous de plus en plus connectés et au courant des opinions de chacun, il est crucial de prendre du recul sur notre manière de vivre ensemble et de décider de nos destinées communes et individuelles tant que nous le pouvons encore.

Société civile et la politique

La société nous fait souvent croire que nous pouvons influer sur le cours de notre vie par les urnes grâce à un parti politique ou un homme (ou femme) que nous n’avons jamais rencontré et avec qui nous n’avons jamais pu confronter nos idées.

Dans certains pays comme la France ou les Etats-Unis, nous trouvons normal qu’il y ait 2 bords politiques, comme si les opinions du peuple étaient purement binaires.

A titre personnel, j’ai très souvent dû répondre publiquement à la question de savoir si j’étais de droite ou de gauche.

Ma réponse est simple, je ne souhaite faire partie de ni l’un ni l’autre et je ne fais confiance qu’à moi même pour prendre les décisions que je pense appropriées pour ma vie, celle de mes proches et de la société telle que je l’imagine.

Sans pour autant tomber dans les travers de l’individualisme ou de l’égocentrisme à outrance, mon parti politique s’appelle « Moi-même ».

Cela peut paraitre prétentieux mais je vous conseille de créer votre propre parti dont vous serez le seul militant et le seul acteur. Je ne parle pas uniquement de politique. Je parle de n’importe quel sujet.

Dans le monde de l’entreprise, le problème est encore plus crucial.

Un entrepreneur peut arriver avec une vision fabuleuse, et être démotivé par un entourage qui arrivera à le faire changer d’avis sans qu’il sache pourquoi.

L’entrepreneur se dira alors “bon, si personne n’y croit, je ne vois pas pourquoi ça marcherait”.

Je peux vous assurer que l’avis de son entourage n’a absolument aucun intérêt sur ces sujets si en créant une entreprise on est profondément convaincu de répondre à un besoin clair de la meilleure manière qui soit.

Si nous analysons l’histoire de l’humanité, nous pouvons remarquer que rarement des groupes de personnes ont été à l’origine de transformation de société.

Cela a toujours été le cas d’individus qui ont su penser seul. (Au passage, certains d’entre eux avaient des plans machiavéliques et purement égoïstes, mais c’est un autre sujet.)

L’Histoire regorge d’individus ayant changé le monde, mais peu de groupes d’individus ayant changé le monde pour le Bien.

Les plus belles citations dont on peut s’inspirer régulièrement ne proviennent d’aucun groupe, d’aucune communauté, mais d’individus qui ont su penser seul.

Nous citons rarement, à part pour en rire, de slogans de parti politique pour nous faire avancer « Le Changement, c’est maintenant », « Yes, We can » …ne disent absolument rien sur ce que nous cherchons et espérons. Ces slogans apparaissent et disparaissent aussi vite.

« I have a Dream »

« I have a Dream » de Martin Luther King… a été initié par un seul homme. Un homme qui avait décidé de transformer une société et de passer sa vie à se battre pour l’améliorer.

Dans la Bible, Abraham a pensé seul… et a décidé d’amener des valeurs morales au monde. 

Les médias, les réseaux sociaux et la culture ambiante nous inondent d’opinions.

Tellement d’opinions que nous ne pensont plus par nous-mêmes…

On assimile, digère et régurgite l’opinion de ses amis en se sentant obligé de s’y raccrocher pour ne pas se singulariser du groupe, au lieu de se battre pour sa propre vérité.

Petite parabole qui illustre fort bien cette situation.

Il y a quelques centaines d’années, un homme extrêmement pauvre n’arrivait plus à subvenir aux besoins de  sa famille… Cet homme-là trouve alors un livre qui parle d’une île très éloignée remplie de diamants. L’homme demande l’autorisation à sa femme de voyager plusieurs mois, de traverser les mers, pour aller en chercher. 

Sa femme, bien que mal à l’aise à l’idée de se séparer de lui, approuve, sachant qu’ils n’avaient guère d’autre choix. L’homme part, voyage, défie des tempêtes et arrive sur cette fameuse île aux diamants. 

Sur la plage, il voit qu’en effet, tout le sol est recouvert de diamants. Heureux, il sort le sac qu’il a amené pour l’occasion et se met à le remplir. A ce moment-là, arrive un groupe d’habitants de cette île qui se met à rire…

– Mais qu’est ce que vous faites ?

– Ben, je ramasse des diamants ! Vous avez vu combien il y en a ici ? Cela vaut une fortune!

Les habitants de l’île se mettent à rire de plus belle et se moque de l’homme

– Ah ah ah, vous parlez de ce sable-là, mais cela ne vaut rien! Il y en a partout. Personne n’en veut!

– Mais comment ça ? Cela vaut une fortune!

– Absolument pas, cela ne vaut rien. Ce qui vaut une fortune, ce sont les pommes de terre !

– Les pommes de terre ?

– Oui, les pommes de terre !

– Mais cela ne vaut rien les pommes de terre !

– Mais vous sortez d’où ? On vous dit que les pommes de terre valent une fortune!

– Mais où trouve-t-on des pommes de terre?

– Vous voyez le volcan là-bas ? En bas de ce volcan, il y a des pommes de terre. Mais personne n’a jamais osé y aller ou n’est revenu vivant. Il faut passer par une forêt remplie de bêtes féroces …On ne veut même pas essayer.

Notre Homme qui avait déjà fait tant de route, surmonté tant de dangers prend son courage à deux mains, vide son sac, traverse la forêt, échappe de se faire dévorer et arrive dans un champ de pommes de terre !

– Woooow, des pommes de terre! Je suis riche! RICHE!

L’homme remplit son sac à ras bord, repasse par cette forêt horrible et, pour ne pas se faire retirer sa fortune, remonte immédiatement dans son bateau et repart chez lui.

Pendant tout le voyage, l’homme est heureux.. Je suis enfin riche…enfin riche…

Après quelques mois, il arrive enfin chez lui et tape à la porte de sa femme !

– Chérie! Chérie, je suis revenu! Nous sommes riches !

– Mais où sont les diamants ?

– Les diamants ? Cela ne vaut rien ! J’ai amené des pommes de terre !

– Ah ah ah, ce n’est pas drôle chéri… cela fait des mois que nous mangeons des pommes de terre, c’est la seule chose que nous pouvons nous offrir…

La femme ouvre le sac et découvre effectivement des pommes de terre pourries…

– Mais Chéri ? Où sont les diamants ? Pourquoi me fais-tu cette blague ?

L’homme se rend alors compte de ce qui se passe et s’évanouit…

Sa femme essaye de le ranimer, appelle à l’aide… tout en pensant que cela fait partie de la plaisanterie…

– Il doit sûrement y avoir des diamants sous les pommes de terre !!

Elle vide le sac…et ne trouve rien…sauf un peu de poussière de diamants, qui, en effet se trouvait au fond du sac.

– Oh. C’est magnifique…mais où sont les diamants ?

L’homme qui reprend connaissance s’évanouit à nouveau en se souvenant effectivement du moment où il a vidé le sac pour se séparer de ses diamants.

Un peu ridicule cette histoire n’est-ce pas ?

Pourtant, nous vivons de la même manière que cet homme qui laisse les habitants de l’île définir ce qui a de la valeur ou non, ce qui est bien ou mal, ce que nous devons penser ou non.

A titre personnel, j’ai eu de la chance.

Etant l’intello de ma classe, celui que l’on ne souhaite jamais avoir dans son équipe de foot, j’ai eu la chance d’avoir très peu de vrais amis pendant mon adolescence.

J’ai eu la chance de vivre dans un foyer où mes parents avaient eux aussi peu d’amis et préféraient passer du temps ensemble.

Etant juif pratiquant, je participe à moins de soirées, moins de dîners, moins d’événements que mon entourage, et je préfère passer plus de temps avec ma famille, sans télévision, cette lucarne qui voudrait aussi nous apprendre à penser.

Finalement, c’est ce qui fait ma personnalité.

Evitons les discussions en groupe, privilégions les rencontres individuelles

Bien sûr, il ne faut pas vivre reclus sans parler à qui que ce soit d’extérieur, mais autant que faire se peut, en évitant les discussions de groupes, les manifestations qui ne servent à rien et ne changent rien, on gagne en temps et en intensité.

Mieux vaut rencontrer le maximum d’individus intelligents, et avoir des échanges à 2.

Quand nous sommes plusieurs, on se force à rire parce que son ami d’à côté fait la même chose, et on se sent trop souvent obligé d’approuver ce que pense la majorité des participants pour ne pas paraître stupide, ou ne pas être l’intrus de service.

Il m’est arrivé une histoire en 1997, j’avais moins de 19 ans. A l’époque, j’étais journaliste pour PC Direct et ZDNet France. Cette année-là, est sorti un ordinateur de poche appelé le Psion Series 5MX  (j’étais moi-même utilisateur de Psion depuis des années).

Je me suis fait inviter comme beaucoup de collègues à la conférence de presse de lancement. Je me souviens qu’elle avait lieu dans une Fnac et que nous étions une trentaine, venant de plusieurs médias.

La présentation du produit s’est faite devant nous. Le produit était exceptionnel. Un vrai ordinateur qui tenait dans sa poche, grand écran, très grande autonomie, des logiciels utiles et bien pensés.

Je parle avec un ami journaliste assis à côté de moi en lui disant « Cela a l’air génial »… Il me dit « Oui, clairement, quelle évolution ! »

A ce moment-là, un journaliste commence à poser des questions à l’équipe toute fière de présenter ce produit. En fait, non, ce n’était pas des questions.

Cet homme voulait tout simplement détruire notre vision du produit sans le moindre argument réel, à part « la couleur noire, c’est un peu moche non ? » et « mais pourquoi y’a-t-il si peu de mémoire? » , « Mais pourquoi est-il si gros? » … (Notez qu’il ne l’avait pas encore essayé ni l’avait eu en main).

Tous les autres journalistes sont partis dans la même direction… chercher tous les points négatifs du produit.

Cet homme pouvait avoir son avis bien sûr, mais ce qui s’est passé ensuite m’a marqué jusqu’à aujourd’hui. ֵEn attendant, mon ami, assis à côté de moi, s’est mis à dire : « Franchement nul ce produit, je vois pas qui va utiliser ça ».

Oui, je parle du même ami qui avait trouvé le produit génial quelques minutes plus tôt. Rien ne s’était passé depuis, aucune nouvelle information n’avait été donnée.

Le produit a ensuite été descendu par la majorité de la presse informatique, alors qu’objectivement c’était un excellent produit.

Toutes les questions bidons posées lors de cette conférence de presse ont complètement masqué l’intérêt exceptionnel du produit dont j’ai été utilisateur pendant de longues années (et que je regrette encore aujourd’hui).

C’est cet événement qui m’a fait me détourner du journalisme.

Je me suis rendu compte à quel point la plupart d’entre nous ne pensait pas individuellement et suivait l’opinion des confrères, d’où cette énorme pensée unique et pesante dans tous les médias qui finissent par se ressembler quasiment tous.

La force de la foule… cette foule qui ne décide pas… troupeau qui se laisse emporter comme des moutons par des idées et valeurs dont ils ne comprennent pas les conséquences.

Pour les plus sceptiques d’entre vous, ou ceux qui n’apprécient pas les histoires de diamants et de patates, vous pouvez toujours vous tourner vers l’expérience de Solomon Asch sur le conformisme.

Ce pionnier de la psychologie sociale s’intéressait aux décisions d’un individu au sein d’un groupe, ce qui est notre propos aujourd’hui.

Pour caricaturer, et pour ceux qui aiment les chiffres, son expérience arrive à la conclusion que 33%, oui 1/3 des personnes étudiées, se conforme à l’avis du groupe en donnant de mauvaises réponses, y compris lorsque la bonne réponse est aussi évidente que désigner un nez au milieu d’un visage.

C’était en 1951 et depuis, l’expérience a été de nombreuses fois reproduite. Avec sensiblement les mêmes résultats.

Avec du recul, je pense que les plus mauvaises décisions que j’ai pu prendre dans ma vie sont celles que j’ai prises en étant influencé soit par mes quelques amis, soit évidemment par la télévision – que je ne regarde plus depuis 12 ans.

Gardez votre indépendance d’esprit, sortez du troupeau aussi souvent que possible, ne hurlez pas avec la meute, réagissez en hommes et femmes libres, posez-vous les bonnes questions tout en restant honnête avec vous-même.

C’est le prix à payer pour au pire assumer de mauvais choix et en tirer des leçons, et au mieux, prendre les bonnes décisions pour vous.