L’imprimante 3D, une révolution dans l’industrie de la mode

Innocent celui qui considérerait encore l’imprimante 3D comme un épiphénomène.

Si l’exploitation à grande échelle et chez les particuliers en est encore à ses prémices, la fabrication additive – l’autre nom de l’imprimante 3D – est bien une révolution industrielle, y compris dans la mode.

L’imprimante 3D est une révolution industrielle

Mais concrètement comment transformer l’essai ?

Quelles conséquences sur la création et les modèles économiques ?

Les études et tous les articles de journaux que j’ai pu lire concernant le marché de la fabrication additive sont sans appel : tous prédisent une croissance de plus de 25% par an grâce à une industrie qui devrait atteindre 17,2 milliards de dollars d’ici 2020.

Pour rappel, plusieurs secteurs comme l’aéronautique, la santé au sens large et l’automobile pour ne citer qu’eux, ont déjà intégré l’imprimante 3D dans leurs étapes de production ou de conception.

Si les chiffres ne sont évidemment pas les seuls indicateurs de l’expansion de ce secteur, ils méritent de poser un décor économique.

Dans cet article, j’ai plutôt pris le parti de la création.

Je me suis davantage intéressée aux nouvelles perspectives que cette technologie offre dans le domaine de la mode, tout en m’interrogeant sur les limites actuelles de l’innovation textile et les impacts qu’elle générera sur les attentes de nos clients.

Une opportunité pour une mode encore plus avant-gardiste

Il n’aura pas échappé aux amateurs de science-fiction et de bande-dessinée que deux références à l’impression 3D se sont glissées dans les ouvrages d’Arthur C. Clarke et d’Hergé.

Dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, publié dans les années 60, l’auteur fait référence au « Replicator », une machine à répliquer n’importe quel objet et en 1972, le farfelu Professeur Tournesol imagine une photocopieuse tridimentionnelle pour recopier des œuvres d’art.

Les plus nostalgiques pourront relire cet épisode dans Tintin et le lac aux requins.

Dans la mode, notre Professeur Tournesol s’appelle Iris van Herpen.

Créatrice néerlandaise qui a fait ses classes chez Alexander Mc Queen entre autres, nous enchante depuis 2011 par ses créations futuristes réalisées en impression 3D, que l’on peut découvrir sur Instagram.

Chacun de ses défilés est une leçon de mode high-tech où la technologie se plie avec souplesse aux exigences d’un esthétisme soigné.

Avec ses robes aux lignes magnétiques, elle semble avoir franchi avec succès les limites de la création.

Et c’est d’ailleurs bien ce que promet la fabrication additive : expérimenter à l’infini.

En effet, adieu moulage, étape coûteuse et fastidieuse à la réalisation d’un prototype, l’immédiateté du numérique défie et multiplie nos capacités créatives.

Avec autant d’atouts, impossible que cette technologie ne vienne pas bousculer l’avant-gardisme propre au luxe et à la mode.

Vers plus de personnalisation et co-création avec l’impression 3D

Outre ces formidables perspectives, l’impression 3D ouvre le champ des possibles à la co-création. 

Elle en appelle à la transversalité des métiers en faisant intervenir, en fonction des projets, les expertises d’un architecte ou d’un designer garants de la faisabilité de l’objet et d’un styliste, instigateur de l’ouvrage.

C’est ainsi que l’on voit naître de plus en plus de collaborations à l’image de la robe portée par Dita Von Teese en 2013 qui a nécessité pas moins de quatre orfèvres : les créateurs Michael Schmidt et Francis Bitonti, l’entreprise Shapeways, spécialiste majeur de l’impression 3D à New York et Swarovski sollicité pour les 12 000 cristaux qui agrémentent l’ensemble.

Comble du chic : la robe épouse parfaitement les courbes voluptueuses de la pin-up puisqu’elle est réalisée sur-mesure. 

La personnalisation des vêtements : une autre facette de l’imprimante 3D qui finit de sculpter la définition du luxe.

Et c’est en cela que la fabrication additive apparaît comme une technologie de rupture.

Sur le papier (à l’heure du numérique, l’expression frôle l’obsolescence), grâce à sa souplesse et sa facilité d’usage, elle chamboule les étapes de production, rend possible des formes jusqu’alors inimaginables, s’adresse aux industriels comme aux particuliers et résout les problématiques de stockage puisque la fabrication ne se fait qu’à la commande.

Cependant aujourd’hui, son utilisation est encore marginale.

La diffusion à grande échelle de l’imprimante 3D apparaît comme inévitable mais les matériaux « imprimables » sont encore peu nombreux.

« Si la technologie propulse la création, elle bride la réalisation »

L’imprimante 3D appartient à la performance artistique plus qu’à la véritable collection saisonnière produite uniquement de cette façon.

Les designers textiles et les départements R&D ont plus que jamais leurs cartes à jouer dans ce nouvel univers de la « high-tech Couture » pour démocratiser son usage.

Pourtant, la première entreprise à sortir du lot n’a rien à voir avec une maison de mode au savoir-faire enviable et estimé : en 2014, la startup Electroloom est la première à sortir l’imprimante 3D de textile.

Jusqu’alors, c’était une matière plastique transformée en élastomère qui faisait office de tissu. 

Electroloom va plus loin.

« No sewing required », « aucune couture nécessaire », peut-on lire en arrivant sur le site, comme une promesse de rupture avec l’artisanat du 20e siècle.

Sans rentrer dans des détails techniques, les équipes d’Electroloom sont les plus proches à pouvoir imprimer, dans quelques années, des fibres comme de la soie ou de l’acrylique.

Par contre, ils n’ambitionnent pas de produire à grande échelle mais plutôt de s’implanter chez les particuliers et de créer ainsi une communauté autour de cette technologie. 

L’artisanat numérique semble donc répondre aux mêmes règles d’exception inhérentes à la virtuosité de la main d’œuvre.

Dans mon prochain, j’expliquerai pourquoi l’attirance des marques de mode pour l’imprimante 3D est ambivalente. A suivre, donc…

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