Eloge de la déconnexion : reprendre le contrôle de son temps et le cours de sa vie

23 ans ! Dans quelques mois, cela fera 23 ans que je me suis connecté pour la première fois à Internet.

Alors qu’en 1994, les connexions étaient lentes et chères – je payais l’équivalent de 12 euros l’heure de connexion, nous passions la plupart de notre vie déconnectés, à lire ou écrire du contenu. Nous avions l’habitude de lire des magazines avec de longs articles, et je trouve que nous étions bien plus sereins.

De quelques secondes de connexion à quelques secondes de déconnexion, l’inversion des pôles

A la fin des années 90, nous avions des outils pour nous connecter quelques minutes, voire quelques secondes seulement, pour télécharger les emails, les messages de forum, poster nos réponses rédigées offline, puis nous re-déconnecter rapidement.

L’avantage de cette époque-là ? 

Nous avions la possibilité de passer plus de temps à lire, comprendre, réfléchir … et nous passions moins de temps à papillonner d’un contenu à un autre, d’un site à un autre, moins de temps à lire ou télécharger des contenus au final souvent totalement inutiles.

L’avènement des connexions illimitées à Internet et des smartphones a entraîné, à mon sens, plusieurs problèmes qu’il sera de plus en plus difficile de résoudre si on n’en prend pas conscience dès maintenant.

L’excès de connexion, ce boulet virtuel qui nous réduit à l’esclavage

Nous vérifions nos messageries, nos notifications réseaux sociaux de façon quasi obsessionnelle.

110 fois par jour !

Les possesseurs de smartphones allument leur téléphone en moyenne 110 fois par jour pour vérifier leurs notifications et messages.

Si votre voisin allait vérifier sa boîte aux lettres 110 fois par jour, vous appelleriez immédiatement les services psychiatriques de l’hôpital le plus proche et barricaderiez votre appartement.

Pourtant, c’est ce que nous faisons. Nous vérifions en moyenne si quelque chose s’est passé près de 10 fois par heure.

C’est autant de temps que nous ne consacrons pas à des sujets ou des actions plus importants car après chaque vérification, notre cerveau a besoin de quelque temps pour se reconcentrer sur ce que nous faisons.

Prenons un peu de recul : y a-t-il un événement urgent nécessitant une telle disponibilité, un tel asservissement ?

Y a-t-il un réel intérêt de vérifier ses emails ou messages tout le temps ? De répondre en temps réel en permanence, d’être toujours disponible ? A moins d’être trader boursier, pompier, secouriste ou médecin urgentiste, la réponse est définitivement non !

Les grands acteurs du Net ne mettent pas en avant vos notifications pour vous rendre plus efficace, mais uniquement pour vous faire passer plus de temps en ligne, un temps disponible fini, une journée ne peut s’étirer à plus de 24 heures, que se partage chaque acteur.

Les chaînes de TV ont depuis longtemps déjà essayé de gagner des parts de marché, mais elles se partagent le temps disponible de chaque téléspectateur qui autrefois durait seulement quelques heures par jour.

Les géants du Net essayent, eux, de vous faire passer le maximum de temps en ligne, le maximum de temps à chercher, le maximum de temps à voir, à consommer. Jour et nuit.

Nous ne prenons plus assez de recul.

Ouverts à tout, sollicités en permanence, mais experts en rien

Les flux d’information que nous recevons chaque jour par l’intermédiaire des réseaux sociaux et des emails ont pris beaucoup trop d’importance.

Cela revient à nous faire mitrailler en permanence par des sujets qui, au final, ne changent absolument rien à nos vies.

Une personne peut passer sa semaine à lire des articles, à faire défiler des newsfeeds – on touche en moyenne l’écran de son smartphone 2 617 fois par jour ! et à se retrouver en fin de compte, ni plus cultivée, ni plus riche, ni plus efficace, ni plus heureuse.

On recherche dans cet immense néant l’info qui nous fera sourire, l’info qui changera notre vie, mais au final, rien, nichts, nothing, nitchevo, 99.9999 % des infos que nous consommons ne servent qu’à nourrir les caisses des réseaux sociaux et autres média vivant de revenus publicitaires.

On peut être au courant de tout sans jamais devenir expert en rien ni comprendre réellement un sujet.

J’en ai fait l’expérience moi-même. Jusqu’à il y a quelques années, j’étais un adepte de l’actualité. Je devais absolument tout savoir sur tout.

Je pense aujourd’hui que c’était une erreur. Je ne faisais que survoler les sujets.

Je ne m’en rendais pas compte, et je le regrette aujourd’hui.

Tout ce temps consommé, notre temps, nous empêche de prendre du recul, de réfléchir sur notre vie, sur la manière de faire plaisir à notre entourage, sur le monde, sur les sujets qui importent vraiment …

Qui commande ?

C’est notre feed ou notre mailbox qui finit par guider notre agenda de la journée, qui dirige nos idées… et rarement nous arrivons à avoir des idées éloignées de celles de notre entourage (voir l’article que j’ai écrit sur ce sujet il y a quelques mois).

Les contenus temps réel ne créent quasiment aucune valeur ajoutée.

L’actualité n’a aucun intérêt réel, à part celui de faire passer le temps, notre temps.

Evidemment, en temps de crise ou de guerre/attentat, il peut y avoir des périodes pendant lesquelles il faut rester informé, pour sa sécurité et celle de ses proches, mais ces périodes sont extrêmement peu nombreuses. Heureusement.

Alors ? Il reste quoi ?

Il reste les contenus asynchrones, ceux qui ne sont pas dépendants du temps. Ce sont ceux qui à mon sens amènent réellement de la valeur.

Si vous êtes utilisateur de la Khan Academy, de Wikipedia, de Quora, ou de la base de contacts de Linkedin – je ne parle pas du newsfeed où, paradoxe ultime, vous êtes en train de me lire, vous comprenez immédiatement la valeur à laquelle je fais allusion.

De même, des plateformes de services telles que la SNCF, le site de votre banque, ou autres Leetchi (dont je suis d’ailleurs cofondateur) and co, créent de la valeur en résolvant l’un de vos problème, en répondant à l’un de vos besoins.

Lorsque vous utilisez des sites marchands avec modération, vous créez de la valeur en solutionnant un besoin réel – mais évidemment, certains peuvent tomber dans le piège des achats compulsifs et de la consommation permanente en suivant en quasi temps réel les dernières « affaires » disponibles.

Pour arriver à cette notion de valeur, il faut consommer des textes qui ne périment pas, des textes qui analysent, qui enseignent.

Cela peut aussi se faire en dehors de l’Internet en lisant tout simplement des livres, ou en utilisant des plateformes comme le Kindle – dont je suis un grand fan. Vous noterez qu’il n’y a pas de notifications sur Kindle. Cela fonctionne comme un vrai livre.

Reprendre enfin le contrôle

A titre personnel, j’ai pris au cours des dernières années plusieurs mesures drastiques pour reprendre le contrôle de mon temps et le cours de ma vie.

  • En 2012, j’ai quitté Facebook. Je pense avoir fait un superbe choix.
  • Je n’utilise plus de smartphone. Même plus en voyage dans un pays que je ne connais pas.
  • Je n’ai plus de Smartwatch
  • J’ai installé un plugin à mon navigateur Chrome. StayFocusD me permet de contrôler mon temps de connexion sur des sites inutiles.
  • J’utilise Self Control sur Mac. C’est un logiciel qui bloque ma connexion pendant un certain temps que je définis. (il existe aussi la plateforme Freedom sur iPhone, Windows etc. )
  • J’ai acheté un ordinateur portable que je ne connecte jamais sauf pour upgrader Office et Windows.
  • J’ai investi dans un abonnement Office pour utiliser Word & co offline. (Google Docs est génial, mais oblige à garder son browser ouvert.)
  • Je tente de répondre à mes mails le plus souvent offline en utilisant des clients mails.
  • J’allume mon ordinateur uniquement après avoir fait la liste de ce que je dois faire avec.
  • J’ai un petit lecteur MP3 non connecté pour écouter des cours ou des podcasts que je sélectionne avec rigueur.
  • J’utilise l’extension Send to Kindle sur Chrome pour y transférer les longs articles que je lirais calmement plus tard sur mon Kindle déconnecté.

En fait, vous l’aurez compris, j’aspire à ce que mon mode de vie par défaut soit un mode de vie déconnecté. De façon globale, j’évite de faire rentrer mon ordinateur portable chez moi et le laisse au bureau autant que possible.

Ce n’est malheureusement pas encore parfait et je passe sans doute encore trop de temps en ligne…

C’est un vrai combat quotidien, mais ma vie s’est déjà considérablement améliorée grâce à cette prise de conscience.

Vous saurez que j’aurai réussi mon combat quand j’aurai enfin plus de temps pour écrire et que mes billets paraîtront plus souvent !

Si vous avez d’autres astuces et méthodes pour réguler votre temps connecté/déconnecté, n’hésitez pas à les partager !